C'est difficile de parler de la guerre, comme si, conformément à la morale ordinaire, cet état dramatique des rapports sociaux ne pouvait se concevoir qu'entre étrangers.

Ainsi, en parler comme d'un spectre qui se dresserait devant soi, au delà de l'immédiat rejet catharsique, ressemble à une sorte de conjuration.

C'est trop, c'est bien plus qu'une une voie pour s'engager  qui émulerait, qui préparait en convoquant la conscience et l'objectivité de chacun.

S'il se parle de la guerre,  faire qu'elle n'advienne pas reste une conjecture. Et l'obstruction qu'elle advienne ne pourrait donc se faire que par sous-entendus. C'est un tabou intemporel, tant on y est seulement si elle est là. C'est un tabou brisé par quelques mercenaires, guerriers qui extraordinairement sont choses plutôt qu'êtres.

Il faudrait sceller l'impossibilité d'en parler, tant il ne la faut pas,  la guerre, sauf chez l'autre...

Le président m'a confié entre deux petits fours, qu'il aimerait un rapport sur l'état des consciences du pays,  quant à cette éventualité: une guerre.

Je n'ai pas trop compris, puisque mon ministère est fort éloigné des situations qui n'existent pas, se préoccupe avant tout de mœurs comme ils se déroulent au temps présent, et vous le savez, pour cette raison n'a toujours pas de titre.

La guerre, il suffit qu'on l'imagine possible pour qu'immédiatement, et bien avant la lourde réflexion qui vise son empêchement, advienne le réflexe original vite enfoui mais seul qui compte tant qu'il ne s'éprouve pas entre tous et au grand jour. Cela consiste pour chacun à choisir, avant tout sans quitter le sien,  le camp qui semble pour l'avenir celui du plus fort, et ainsi garantir la meilleure protection personnelle.

Aux prémices de mon enquête, il apparait très peu conscient que le renforcement des uns impliquant la fragilisation des autres, les motifs de guerre s'en trouvent toujours renforcés dans une sorte de fuite en avant.

L'épaisseur des protections personnelles, lentement constituées bravant la mort,  rassurent mais aussi isolent, confinent nos fragilités, nos inévitables et indicibles failles intimes, toutes choses étant enceintes en nos frontières subjectives les plus épaisses possibles. La guerre suggère la recherche d'une protection supplémentaire entre nécessaires anciens et nouveaux complices, celle que l'on a pas su ou pas voulu constituer pour pérenniser les  temps de paix plus loin qu'en nos propres enceintes,  celle que l'on ne maîtrise pas mais que l'on va parier être efficace.

Par exemple, bien que la protection financière ait démontré ses limites, elle sera reconduite alors même que la dangerosité des inégalités que cela provoque ne faiblit pas. La confiance dans la doctrine de l'émancipation par l'argent fait maintenant bouée d'orage et lampadaire pour jour d'illusions.

En esprit français particulièrement, l'exemplarité des cas singuliers fait encore suffisance, ce qui anesthésie facilement chaque conscience à peu de frais.

Il reste, comme cela s'entend de plus en plus, qu'il y a bien trop de gens, bien trop d'habitants, bien trop de dissemblables pour que "l'écologie" planétaire permette le maintien de l'équilibre.

Oui, voilà ce qu'il s'entend....et aussi, que les modes de vie n'étant d'hypothèse pas en cause, il faudra sérieusement se poser la question de l'élimination d'assez de monde pour que ces modes de vie subsistent!!!

Bonjour l'ambiance, monsieur le Président!

Je vous dirais après enquête, j'espère le plus tard possible, dans quelles proportions les consciences  favorisent la fatalité des éliminations. et peut-être le plus tôt possible comment  elle penchent pour  la transformation des modes de vie...et la reconversion de quelques valeurs.