Samedi, 19h53/

Mon directeur de cabinet s'informe de la marche à suivre, à propos de l'affaire de le main de Thierry Henry.

Nous, on se l'était déjà serrée alors..., il me semblait avoir choisi Henry parmi les plus discrets et les plus proches,  pour faire qu'il demeure auprès de moi l'unique collaborateur précieux. Un petit test m'apprend que sa requête  n'est pas une blague. Puisqu'il se prénomme Henry, j'ai un instant espéré qu'il introduisait sciemment quelques facéties à la séance d'examen des dossiers urgents. Cette séance nous réunit entre nous deux et nous deux seuls, quatre oreilles et quatre mains mais deux cerveaux, et presque deux cœurs chaque samedi à 19h48.

Il y avait, ce jour là, la grève des techniciens niveaux cinq de la maison Biocar, affectant plus précisément le service de maintenance de l' 'o.s.c.u.p.r.', l' optimisations par satellites pour la circulation urbaine et les proches réseaux.

J'étais prêt à croire que Henry avait en conséquence dilaté son planning de deux minutes, voire deux minutes et demi, le temps que soit affrété son vélo-rechargeable et encapé son déguisement à la suite de notre entrevue. Si cela avait été le cas, nous aurions pu mettre à profit notre amitié, mettre en  fabrication quelques endorphines de haute qualité, celles dont l'effet prolongé est inégalable.

Prudent, je lui ai lancé une remarque anodine:

-"Tu as corrigé la pétition en ligne?"

Il répondit techniquement, sans fierté, sans gravité.

-"Heureusement!..ce con voulait mettre un laïus explicatif de trois phrases, alors j'ai pris le temps de lui intimer un simple sujet-verbe-complément!!!: "Nous demandons que le match soit rejoué".., pas mal non?"

C'est un peu le même genre de mal que j'ai ressenti pour accuser le coup, et je lançais du tac au tac:

-"Bien joué Henry!"

...mais je n'ai pas ajouté assez vite:

-" ..encore un point pour notre campagne d'éradication des mots sans porteurs",

introduire ainsi, va comme je te pousse,  notre gros dossier en cours, tandis que celui des contre-valeurs en argent était suffisamment recollé à ce moment de notre encore complicité.

Le reste de la concertation s'est déroulé sans poésie, et j'espère que Henry n'a pas su pourquoi, car je veux encore le ménager.

Une chose est sûre, c'est que quelqu'un a réussi à le dérouter , et il me reste à déterminer si Henry  veut l'être,  le peut , le doit et même pourquoi pas, le sait et pense que cela vaut. C'est dire si je suis déstabilisé.

Henry quitte le bureau à 20h03,  en prolongeant d'une minute pour un verre d'Arbois qui n'effacera rien (...j'ai pesté que le vin soit d'un mauvais millésime, j'en ai toujours du genre en réserve pour les visiteurs douteux, et je suis sûr que Henry ne le sait pas)  tandis que j'espérais que cela n'ajoutera rien aux dégâts déjà prévisibles.

Il me rester à enquêter, savoir qui a pu mobiliser nos précieuses minutes sur cette histoire de main, une histoire déjà engagée en toute indépendance dans quelques tuyaux, une affaire qui ne nous regarde pas....

Je n'ai pas autant les coudées franches que comme compris avec le Président, même pas assez la main, et mon action sera s'en doute entravée plus vite que je ne le pensais!