Imaginez!

vous voilà tout en haut, sur la terrasse de l'immeuble qui est en face du Parlement Européen, qui surplombe le Palais des Droits de l'Homme, et d'autres Institutions trônant sur les berges de l'Ill, laissant la Cathédrale à main gauche.

Le matin, il y a  le soleil levant au dessus la Forêt Noire et, au dessous le plafond brumeux souvent déguenillé qui  revêt la plaine d'Alsace,  ses  rayons qui traversent la cuisine du coté parc de l'Orangerie, leurs reflets renvoyés sur la table du petit déjeuner par la façade courbe et vitrée de l'IPE-IV,  ce prestigieux  bâtiment construit devant l'élargissement des bassins, toujours nouveau symbole architectural pour l'Europe.

Au loin, les Vosges un peu bleues, même s'il faut attendre le soir et ses nuées de corneilles pour que la couleur s'épaississe. En bas la ville, les tramways,  les arbres, les trafics consulaires, parlementaires et secrétaires, les sièges des banques et les parcs des expositions, les feux de circulation et les milles voitures arrêtées pour qu'une dizaine s'ébrouent ou s'éprouvent, les étudiants et les patrouilles de police, ceux de la Robertsau et de Strasbourg et les lobby-istes qui de partout s'entortillent sans dire mots

D'accord, vous n'habitez pas là, vous travaillez juste dans cet appartement, et de temps à autres vous voyez juste, entendez juste, toussez juste un peu aussi depuis la dernière saute de température.

Et puis en bas il y a la concierge, pas elle en vrai - la vraie est en congé- mais celle qui vous demande quand même, puisque les voisins lui en ont parlé, si cela est bien normal que vous soyez là, car l'appartement ayant vu son dernier locataire déménager, cet appartement devrait être vide.

Alors la fausse concierge vous dit que le syndic sera prévenu qu'il y a quelqu'un dans l'appartement, en tout cas dès que la vraie concierge sera rentrée, car le propriétaire de l'appartement ne serait pas au courant.

Comme vous venez juste de parler au téléphone avec votre copain propriétaire pour l'avancement des travaux, vous ne savez ni quoi faire, ni quoi dire...

Même que vous ne seriez pas un travailleur régulier, tandis que la voisine vous a demandé votre carte professionnelle car elle voudrais repeindre sa cuisine...

Même si depuis que avez glissé cette carte sous le paillasson, pour faire simple comme elle vous l'a demandé, elle n'ouvre plus la porte pour vérifier que vous êtes bien le peintre...

C'est sûr, on est là-haut si seul au monde, que chacun s'y  passerait bien des autres, et autant que possible!